Quels est le rôle d’un assureur spécialisé en œuvres d’art ?

Quels est le rôle d’un assureur spécialisé en œuvres d’art ?

Jean Verheyen, souscripteur mandaté membre du groupe AXA, spécialisé notamment dans l’assurance des œuvres d’art et des collections, explique les grands principes, les avantages et les limites de l’assurance spécialisée.  

Jean Verheyen sera présent à la TEFAF Maastricht (14-19 mars 2026), sur le stand d’AXA, sponsor principal de cette foire d’art et d’antiquités parmi les plus prestigieuses au monde.

La valeur ajoutée de l’assureur spécialisé
« Notre rôle d’assureur spécialisé ne se limite pas à indemniser une perte financière totale ou partielle. Nous cherchons toujours la meilleure solution pour préserver l’œuvre. Notre valeur ajoutée se manifeste en particulier lorsqu’une restauration est si parfaite qu’elle permet de sauvegarder l’intégralité de la valeur artistique de l’œuvre endommagée », déclare Laurent Verheyen, CEO de Jean Verheyen.

En plus d’intervenir financièrement, Jean Verheyen ouvre aussi son carnet d’adresses d’experts et de restaurateurs de tous types d’œuvres d’art aux assurés qui le souhaitent.

Qu’est-ce qui est couvert ?
Bien assurer ses œuvres d’art et ses collections passe nécessairement par une assurance spécialisée dite Tous Risques sauf : ce qui signifie que, hormis les exceptions précisées dans la police d’assurance (par exemple, les dommages progressifs comme la décoloration), tous les risques sont couverts.

La valeur assurée de chaque œuvre est déterminée entre les parties. En cas de sinistre total, ce montant est intégralement remboursé. Et en cas de restauration, tous les frais sont pris en charge, ainsi que la compensation de la moins-value si l’œuvre a perdu une partie de sa valeur artistique. En comparaison avec l’assurance spécialisée, l’assurance habitation classique ne couvre jamais le bris accidentel (l’un des risques les plus fréquents), ni le risque de moins-value.

« Les cas que je préfère sont ceux où le travail collectif des parties permet de faire de petits miracles. Par exemple, il y a quelques années, une sculpture en métal peint de Donald Judd, qui était accrochée dans le couloir d’une entreprise, a été percutée par un charriot. Contactée, la fondation de l’artiste avait proposé de remplacer un panneau déformé par un neuf, mais notre expert a trouvé une solution pour redresser le panneau sans endommager la peinture d’origine. Cela a demandé plusieurs mois d’études et de tests que nous avons payé. Grâce à quoi, l’œuvre n’a subi aucune moins-value. Le client et la fondation étaient très contents », explique Sven De Smet, Master Claims Adjuster Art-Patrimony, qui s’occupe de la gestion des sinistres d’œuvres d’art chez Jean Verheyen.

Restauration et moins-value
Si la restauration ne laisse aucune trace, il n’y a pas de moins-value sur la valeur assurée de l’œuvre. En revanche, si la restauration laisse des traces, même si elles sont parfois invisibles à l’œil nu, l’œuvre perd de sa valeur – les experts déterminent le montant du préjudice.

À noter que si l’artiste est en vie, c’est à lui de décider si l’œuvre est restaurable et s’il souhaite la restaurer lui-même ou via son atelier. Dans ce cas, il s’agit d’une intervention de l’artiste et il n’y a pas de moins-value. À l’inverse, si l’artiste s’oppose à une restauration et considère la perte comme totale, l’œuvre est en général détruite.

En cas de perte totale actée par l’assureur, il rembourse l’assuré et devient le propriétaire de l’œuvre endommagée.

Dans certains cas, il est possible de remplacer l’œuvre : par exemple en effectuant un nouveau tirage d’une photo ou d’une gravure, en refondant une sculpture, etc.

Les limites de l’indemnisation
Dans certains cas, l’assureur peut refuser d’intervenir s’il estime que ce n’est pas justifié.

Par exemple, une œuvre très fragile de Marcel Broodthaers, composée de coquilles d’œufs, d’une valeur de plus d’un million d’euro, était exposée à l’étranger. Durant le transport, certaines coquilles ont perdu de petits éclats. L’assuré a alors demandé le remboursement total de l’œuvre, arguant que ce n’était pas réparable. Mais après de longues discussions, les experts des deux parties sont parvenus à la conclusion que ces légères modifications n’avaient pas d’impact sur la valeur artistique de l’œuvre. Il n’y a donc pas eu de remboursement.

Autre exemple : un jeune artiste belge avait assuré une installation composée de bouteilles remplies d’air datant de l’époque du coronavirus. Suite au vol d’une de ces bouteilles, il a réclamé une perte totale de l’œuvre mais là non plus, la perte de valeur artistique n’a pas pu être démontrée.

Sous réserve d’authenticité…
L’indemnisation par l’assureur est sous réserve de l’authenticité de l’œuvre endommagée. Cela peut sembler évident mais il y a parfois de mauvaises surprises. Si l’on découvre après un sinistre que l’œuvre assurée n’est pas authentique, il n’y a pas d’intervention.

« L’assuré fournit parfois des informations incorrectes lors de la prise d’assurance, qui se pratique sur base d’une facture, de photos et d’un descriptif. Nous mandatons une expertise avant la souscription uniquement pour les œuvres de très grande valeur. Et il arrive parfois que l’assuré ait acquis l’œuvre de bonne foi », précise Sven De Smet.

Ainsi, un assuré a, un jour, déploré après un dégât des eaux la perte totale d’un tableau d’un artiste russe. Il avait fourni une facture et des photos, et assuré l’œuvre pour quelques dizaines de milliers d’euros. L’expert a cependant eu des doutes sur l’authenticité de l’œuvre au vu du prix peu élevé par rapport à la cote de l’artiste. Expertise faite, l’œuvre s’est avérée être un faux. La maison de vente n’était pas non plus en tort car elle avait indiqué que l’œuvre était ‘dans le style de ‘. Le collectionneur avait en fait pris le risque de l’acheter en espérant avoir affaire à un ‘vrai’ et réaliser à une bonne affaire.

Conclusion : la police d’assurance n’est pas une protection contre un mauvais achat. En fonction du pays où l’on achète une œuvre, la législation peut être différente et le vocabulaire utilisé peut avoir une signification particulière. En France, les termes à utiliser sont réglementés pour déterminer si une œuvre d’art est authentique, mais attention, ce n’est pas nécessairement le cas en Belgique où la législation est moins pointue dans ce domaine.

Attention donc aux documents de provenance et descriptions détaillées lors de vos futurs achats.

Comment assurer rapidement vos œuvres d’art ?
Une copie de la facture d’achat et de la description de l’œuvre vous permettront de signer très rapidement un contrat « tous risques sauf » auprès d’un assureur spécialisé en art (seul ce qui n’est pas couvert est précisé : par exemple, les dommages progressifs comme la décoloration). En passant par votre courtier, vous serez ainsi quasiment immédiatement assuré. Vous éviterez aussi des frais onéreux si l’assurance transport est incluse dans votre contrat.

Pour les clients déjà assurés auprès d’un assureur spécialisé, l’ajout d’une œuvre est en principe automatiquement couvert (c’est le cas chez Verheyen si la valeur de l’œuvre ne dépasse pas 25% du montant du capital total déjà assuré). Il faudra simplement la déclarer dans les 90 jours pour l’ajouter à la liste des œuvres couvertes (la valeur agréée étant précisée dans le contrat pour éviter toute discussion en cas de sinistre).

La prime minimum se situe entre 250 € et 300 € par an. Mais avec ce montant-là, chez Verheyen, vous pouvez couvrir une valeur totale de 100.000 €, quel que soit le nombre d’œuvres d’art ! Ce qui permet aux jeunes collectionneurs de démarrer une collection sans augmenter leur coût d’assurance.